Le voyage de A

Le bonheur.

Aujourd’hui, je me suis rendue compte que j’aimais beaucoup mon travail. Je pense que je vais vraiment être triste lorsque je finirais ma mission, fin février.

Durant la matinée, j’ai passé beaucoup de temps avec deux enfants en particulier, ils avaient fini leurs activité et comme il faisait assez beau on les a mis dehors, alors je suis sortie les surveiller et jouer avec pendant que ma collègue continuait avec les autres enfants.

Le petit Gabriel ne me lâchait pas. Il prend mes mains, les rassemble, et se balance. Je ne comprenais pas pourquoi il faisait ça, étant donné qu’ils ne communiquent pas, c’est un peu dur de les comprendre au début, mais l’on m’a dit que c’est parce qu’il voulait faire "bateau sur l’eau" (la petite comptine, en se balançant).
Alors j’ai chanté la comptine, je nous balançais, et son sourire me réchauffait le coeur, j’étais tellement heureuse, tellement bien.
Il s’est ensuite arrêté, et a mis ses petites mains autour de mon cou, puis il a essayé de grimper. Il voulait venir sur mes genoux et continuer à faire "bateau sur l’eau". Alors c’est ce que j’ai fait.
Je mettais un oeil à Antoine, un autre petit garçon. Il est beaucoup plus jeune que Gabriel ( Gabriel va avoir 6 ans, même s’il fait très jeune, et Antoine va en avoir 4). Il ne communique pas non plus, et a toujours besoin d’être accompagné. C’est très dur de refuser de lui donner la main, mais je m’y fais. Il a pour habitude de "toquer" sur tout ce qui l’entoure : dés qu’il rentre dans une salle, il toque sur toute la surface de la porte d’entrée, pareil quand il sort. Quand il marche, il toque sur tous les éléments qui l’entourent (poteaux, fenêtres, même les extincteurs). J’ai compris que lorsque je disais "toc, toc,toc !" il comprenait que je l’imitais, et ça le fait rire. Alors pendant que je berçais Gabriel, je disais "toc,toc,toc !", chaque fois que le petit Antoine toquait sur le poteau à côté. Ça l’amusait tellement qu’il venait en courant vers nous, un sourire jusqu’aux oreilles, puis il repartait vers le poteau pour toquer de nouveau.

C’était la première fois qu’il courait tout seul.

Entre le petit Antoine qui se débrouillait seul, le petit Gabriel riant aux éclats et me faisant des câlins pendant que je chantais "bateau sur l’eau", le grand sourire d’Antoine, j’étais heureuse, et pour la première fois depuis très longtemps, le sourire que j’affichais était 100% vrai.