Le voyage de A

#MeToo

Mais de qui je me moque ? Je suis tellement habituée à refouler mes émotions négatives que même ici, je me mens à moi même. Mon nouvel an était loin d’être à 100% parfait car j’ai été victime d’une agression sexuelle.

C’était aux douze coups de minuits. L’amie avec qui j’étais venue était à l’arrière du bateau car elle avait besoin d’air, ça faisait bien 1h qu’elle n’était plus avec moi mais son absence ne me dérangeait pas : j’étais sur la piste de danse et je profitais. Mais le moment fatidique arrivant, la musique était coupée pour faire place au décompte et chacun était retourné auprès de ses proches.

Je n’ai pas eu le temps de crier "Happy New Year" que je me suis sentie partir en arrière et la seule chose dont je me souviens c’est d’avoir réaliser que j’avais une langue qui explorait ma bouche. J’ai repoussé le gars aussi fort que possible, mais ma force de mouche et son gabarit ne m’ont pas aidé à être impressionnante.
Comme je l’ai peut-être dit auparavant, ou pas, mon manque de confiance en moi et ma crainte du sexe masculin m’a bloqué et empêché toute relation. Je n’ai donc jamais embrassé quelqu’un et le fait qu’un inconnu se permet ce droit m’a fait ressentir un dégoût profond.

Je me suis éloignée aussi vite que possible de lui folle de rage. J’avais l’impression d’avoir été dérobé de quelque chose, et j’étais entrain de louper le feu d’artifice gigantesque que j’avais tant hâte de voir.
Je me suis précipitée à l’avant du bateau pour essayer au moins d’apercevoir le final mais arrivant après tout le monde, j’étais laissée derrière.
J’ai alors senti un corps se coller à mon dos, puis il a commencé à se frotter et j’ai senti son érection contre mon dos. Mon corps a cessé de me répondre. Ma raison m’ordonnait de me retourner, de le gifler, de lui donner un gros coup dans les parties, mais je n’ai pas bougé d’un poil. Je faisais même le plus d’effort possible pour que ma respiration soit quasi invisible, comme si j’essayais de prétendre que j’étais morte pour qu’il me laisse. Grosse erreur, il a continué en caressant mes hanches, mon ventre et remontait vers ma poitrine quand le feu d’artifice s’est terminé.

Les gens autour se sont mis à bouger et à rentrer vers l’intérieur du bateau où le DJ avait remis la musique, afin de danser. J’ai profité de ce mouvement de foule pour me fondre dedans et lui échapper. Je me suis précipitée vers mon sac à main, j’ai attrapé mon téléphone puis je me suis résignée "qu’est ce que tu comptes faire ma grande ? T’es dans un bateau en plein milieu d’un fleuve immense. Personne ne peut venir." Et puis CLAP. Une grosse main s’abat violemment sur mes fesses. Je me retourne et l’aperçoit, une fois de plus, avec son gros sourire sur le visage. Mais derrière lui, je vois également quelques personnes avec qui je dansais plus tôt, dont 2 gars (l’un des deux étant un néo-zélandais bien géant et bien costaud) qui me regardaient et qui ont bien compris que j’avais des soucis. Ils sont venus me chercher, prétendant une invitation à danser, et sont restés avec moi pour le reste de la soirée.

Lorsque le bateau est rentré au port ces deux gars m’ont accompagné jusqu’à ma gare afin d’être sûr que je rentre en sécurité et je leur en serais à jamais reconnaissante. Ils ont contribué à rendre ma soirée meilleure.