Le voyage de A

Mental Break Down

Je pensais que je passerais une excellent journée, mais j’avais tord.
Pourtant, tout commençait parfaitement bien. Mon frère est venu manger à midi pour nous dire bonjour. Nous étions tous de très bonne humeur car ma soeur a eu les résultats de son IRM. Ils ont montré qu’elle répondait très bien au traitement et que ses lésions au cerveau ont régressé, ce qui fait d’elle un miracle médical.
En fin d’après midi, nous avions prévu d’aller voir Ça, fan inconditionnelle de Stephen King, je saute d’impatience depuis dés mois, depuis l’annonce du film.

J’étais de très bonne humeur, et j’étais fière de mon parcours, de mon régime tenu jusqu’ici, c’est la première fois permis toutes mes tentatives que je tiens aussi longtemps et que je perds autant de poids. Alors, j’ai décidé de bien prendre mon temps et de me faire un maquillage du tonnerre. Je me suis coiffée et mes cheveux tombaient bien aujourd’hui, la couleur rousse ressortait beaucoup, je ne sais pas si c’est dû à mon nouveau shampooing pour cheveux colorés mais si c’est ça, je vais retenir le nom.
Je me suis regardée dans la glace et pour la première fois depuis toujours je me suis trouvée jolie. Pas potable, ou presque jolie, mais jolie à 100%. Alors je suis montée dans ma chambre et j’ai cherché une belle tenue. Je m’enterre toujours dans les mêmes robes, je voulais me sentir bien aujourd’hui. J’ai retrouvé une petite jupe crayon que j’avais acheté il y a peut-être 2 ans, mais que je n’ai jamais osé mettre parce que qui dit jupe crayon, dit jupe moulante. Mais aujourd’hui, je me sentais assez belle pour l’essayer. Elle tombait très bien, et encore une fois, pour la première fois depuis toujours, je me trouvais jolie. Alors j’ai gardé la jupe, j’ai enfilée un jolie haut noir avec des empiècements en dentelle, une paire de collant et des bottes à talons. Je me suis regardée dans la glace, et j’ai souris. Ma famille était surprise de me voir habillée comme ça, mais ils m’ont fait pleins de compliments. Ma mère m’a dit que je devrais m’habiller comme ça plus souvent.
Mais le petit nuage sur lequel je me trouvais a été de courte durée.

À peine sortie de la voiture sur le parking du cinéma, le manque de confiance en moi a repris le dessus, j’avais l’impression d’être dévisagée. Mais pourquoi je me suis habillée comme ça non de Dieu ! Je n’arrêtais pas de me le demander, et j’avais raison. Mes parents et ma soeur marchaient tranquillement, moi j’étais stressée qu’on loupe la séance, j’étais un peu devant eux. Au plus on approchait du cinéma, au plus on croisait de personnes, et au plus je voyais que les gens me regardaient. Pas forcément que des jeunes, non, il y avait beaucoup d’adultes, beaucoup de personnes âgées. Ma tenue n’avait pourtant rien d’indécent, on ne voyait aucun millimètre de ma peau, alors pourquoi est ce qu’ils se sentait obligés de me fixer comme ça ? J’ai gardé la tête haute, les yeux rivés droits devant moi, comme à chaque fois, je fais semblant d’être un mur, je fais semblant de ne pas les voir, je fais semblant que cela ne m’atteint pas.

" Oh putain regarde la grosse là". Ça y est. Une bande de gars était adossé au mur à l’entrée du cinéma. La tête toujours droite, je me préparais mentalement au fait que j’allais passé devant eux dans quelques instants. " Mais pourquoi elle s’habille comme ça putain ça devrait être puni par la loi, elle a déjà un assez gros cul, on le voit à des kilomètres, pas besoin de le mouler" Du coin de l’oeil, j’essayais de les observer. Ils devaient avoir la vingtaine, et ils étaient beaux. C’est ça le pire, je ne peux pas leur en vouloir. Ils ressemblaient aux acteurs des comédies romantiques pour ado, vous savez, les beaux gosses du lycée qui, contre toute attente, tombent amoureux de la paumée de service ? Ces beaux gosses devant lesquels on bave toutes ? Et bien ils étaient leurs portrait craché, sauf que dans la vraie vie, les beaux gosses rabaissent les paumées de service, et aucun miracle ne se passe. "Et regarde ces jambes mecs, on dirait qu’elle déclenche un tremblement de terre à chaque fois qu’elle pose le pied à terre."

Je me suis dépêchée de rentrer dans le cinéma, si j’entendais une phrase de plus j’allais exploser. Le pire est que je sais que mes parents, que ma soeur ont entendu ce qu’ils disaient sur moi et c’est encore plus humiliant.
Honnêtement, je n’ai pas profité du film. Il avait l’air excellent, mais je n’avais qu’une envie : rentrer à la maison et m’enfermer dans ma chambre.

Ces gars là sont la raison pour laquelle les hommes me font peur. Je ne peux pas m’imaginer en couple ou proche d’un garçon. Tous les garçons que j’ai rencontré au long de ma vie ont tenus ces paroles envers moi, et j’en suis vraiment fatiguée.

J’ai beaucoup hésité avant d’écrire cette page. Après tout, ça ne m’aidera pas. Et dans ces moments là, je repense aux mots que l’on m’a tant répété au collège "tu es une honte pour tout le monde ! Tu fais souffrir ta famille rien qu’en restant en vie. Pourquoi est ce que tu n’en fini pas une bonne fois pour toute ?"

En ce moment, je fixe mes cicatrices de ma première et dernière tentative de suicide, qui sont maintenant recouvertes d’un tatouage. Peut-être qu’en fin de compte, le monde se porterait mieux si j’avais eu le courage de continuer ce jour là ? Peut-être que mes parents en ont réellement marre d’entendre ce genre de remarques envers leur fille chaque fois qu’ils sortent ? Et puis avec toutes mes peurs et mes paranoïas, je n’irais jamais très loin non plus…

Je ne sais pas, je ne sais plus… Une chose est sûre, aujourd’hui était la première fois depuis toujours que je me trouvais jolie, mais c’était aussi la dernière.