Le voyage de A

To My Parents

I’m sorry mom and dad, I know I messed up bad I should’ve done better I’m sorry mom and dad For all the time I had To get my life together But I didn’t. I’m sorry that I couldn’t buy you that house upon the hill Or take care of all your medical bills I know I didn’t make you proud I should’ve been someone by now But i never figured out how

Je viens d’écouter cette chanson, complètement par hasard (merci le lancement automatique de la prochaine chanson Youtube, grâce à toi je découvre des pépites.)

Au départ, je n’y prêtais pas vraiment attention, j’étais tranquillement en train d’organiser mon bullet journal et d’y compléter mon planning.
"I’m sorry mom and dad". Tiens, original, une chanson destinée aux parents, ça change des chansons amoureuses. Et puis j’aime bien la mélodie, le rythme, la voix magnifique de la chanteuse. Je suis tellement absorbée par mon bullet journal que la chanson passe à une vitesse folle. Mince, c’est déjà fini. Pas grave, je la remets. Je la remets et je lui accorde toute mon attention. Je suis bilingue alors la compréhension des paroles se fait immédiatement. Je suis absorbée par la chanson. On ressent sa souffrance dans la chanson, c’est très honnête. Et puis j’ai commencé à ressentir une autre souffrance.. La mienne. La chanson s’est, là encore, très vite terminée, alors je l’ai remise.
Et cette fois ci, j’ai pleuré comme un bébé. Parce que durant cette troisième écoute, ce n’était plus elle qui chantait à ses parents, c’était destiné aux miens.

Je ne me suis jamais rendue compte que j’étais une telle déception pour eux. Je suis l’enfant la plus intelligente de la famille, celle qui décroche tous les diplômes haut la mains avec les plus grosses mentions. Celle qui était promise à un grand avenir.. Mon père me voyait déjà dans des grandes écoles de commerce ou de sciences politiques, étant assez forte et intéressée sur le sujet.

Quand j’avais 7 ans, je pensais révolutionner le monde en tapant des lettres à des destinataires imaginaires en expliquant pourquoi il fallait arrêter de tuer les requins, parce qu’en fait, ils n’étaient pas cruels.

Quand j’étais en seconde, j’ai écris une lettre à François Hollande en lui disant que je ne comprenais pas sa politique et qu’il y avait tellement d’autres solutions économique pour redonner du pouvoir d’achat et relancer la France. J’ai reçu une réponse du Président lui-même, pas de son chef de cabinet comme pour toutes les autres réponses. Non,non, du Président en personne. Mon père m’a alors idolâtré. Il était tellement fière, il le racontait à tout le monde, à ses collègues.

Mais j’ai voulu suivre ma passion. Je suis partie dans une école de maquillage professionnel, qui n’a pas du tout fonctionné et qui en plus n’est pas reconnu par l’Etat. Je me retrouve donc sans diplômes après le BAC. Je travaille, pour rembourser l’immense prête étudiant que j’ai fait pour aller dans cette école. Je suis tout ce qu’il y a de plus banal à présent. Mon grand frère est devenu ingénieur, ma petite soeur va dans une école de commerce, et la seule de la famille qui était promise à de grandes études se retrouve sans rien.

Je ne leur ai jamais parlé en toute honnêteté. Ils ne savent pas toutes les moqueries et tout le harcèlement scolaire que j’ai vécu. Comment aurais-je pu leur dire ? Ma mère a ensuite découvert que je me mutilais, et là encore, j’ai vu la déception dans ses yeux.
C’était ma seule échappatoire. Les dernières années du collège étaient les pires pour moi. Je n’en pouvais plus. On me répétait sans cesse qu’en restant en vie, je faisais souffrir mes parents, parce qu’ils avaient honte de moi, et que le fait de me réveiller chaque jour leur rappeler leur échec.
J’étais dans un tel état d’esprit que lorsque j’ai vu la déception chez ma mère, je me suis surprise à penser qu’elle était déçue que je n’étais pas encore morte.

Aujourd’hui, je sais que c’était tout l’inverse. Je l’ai beaucoup fait souffrir, une souffrance encore bien pire que toute celle qu’on m’infligeait à l’école. En écoutant cette chanson, je me suis rendue compte de l’échec que je suis.
Mais c’est décidée, il faut que je me reprenne en main. Je veux les rendre fiers. Et ils seront fiers de moi un jour, je le sais.