Le voyage de A

Au front

Durant cette période bizarre et inquiétante, ce "confinement total" ne me concerne pas.

Animatrice dans un EHPAD (public) depuis mon retour d’Australie, je suis en première ligne.
Je rentre de cette première semaine qui a été plus qu’éprouvante. Nos résidents sont confinés par étage. C’est à dire que des lieux de vie dans chaque étage ont été aménagé afin qu’ils puissent y prendre leurs repas, qu’ils ne peuvent plus se retrouver entre copains à la salle de restaurant en bas s’ils n’appartiennent pas au même étage, qu’ils "tournent en rond", mais c’est la meilleure solution.. Ils ne sont au moins pas confinés dans leur chambre, et si un cas de coronavirus se déclare, on sait exactement quelles personnes ont été en contact avec, et on peut limiter les dégâts.

Du coup, au lieu de n’être qu’à un seul endroit, je dois être à chaque étage, j’essaie au mieux de faire le lien avec les familles, qui sont du coup interdites de visites, je soutiens les équipes soignantes, je vais rendre visite aux résidents individuellement lorsque l’on me remonte qu’ils sont déprimés, j’essaie d’être partout à la fois, mais c’est épuisant autant physiquement que moralement.

C’est épuisant car j’ai mes inquiétudes, bien sûr la situation n’est pas du tout idéale, j’emprunte les transports en commun pour aller travailler, je traverse plusieurs villes, je suis en contact étroit avec des centaines de personnes par jours dans cette structure et j’ai ma petite soeur à la maison, qui avec sa sclérose en plaques et ses immunosuppresseurs, fait partie des grandes personnes à risques. C’est épuisant car nous n’avons aucunes réponses à apporter aux résidents : "pour combien de temps ça va durer ?" "je ne comprends pas, je ne suis pas malade, enlevez ces masques !" Ah.. Ces masques que l’on distribue au compte goutte ces derniers jours… Ils nous en reste assez pour en avoir jusque mercredi et après cela.. on va croiser les doigts.

C’est épuisant car je vois l’état de mes résidents se décliner à une vitesse grand V, et cette semaine qui m’a paru durer 2 mois n’est que la première de nombreuses autres, et j’ai peur pour ces personnes qui, ayant perdu leurs seuls repères, laissent les pathologies les dévorer et ne sont plus les mêmes, en seulement quelques jours

C’est épuisant, car ce n’est que le début, et je ne suis pas prête à affronter toutes les pertes que je m’apprête à connaître dans les prochains mois..

Portez vous bien, prenez soin de vos proches mais surtout, restez chez vous s’il vous plaît.