Le voyage de A

Premier Rendez-Vous

Ça y est.. Mon premier rendez-vous a eu lieu. Anxieuse, je n’ai pas dormi la nuit précédent cet évènement fatidique. J’avais la boule au ventre, mais d’un autre côté je ne pouvais m’empêcher de ressentir une forme d’excitation.
Fidèle à moi-même, je suis arrivée avec beaucoup d’avance et l’attente jusqu’à son arrivée a été très dur. Finalement l’heure venue, il apparaît soudainement et me lance un "bonjour" des plus jovial. Tout de suite, je sais que je vais l’apprécier. Il m’invite à rentrer avec lui, nous nous installons l’un face à l’autre et l’heure de faire connaissance est arrivée. On échange donc pendant de nombreuses minutes sur ma vie, mon parcours, lui fait de même et me raconte des anecdotes personnelles ainsi que des petites blagues pour me mettre à l’aise, sentant sans aucun doute que je reste tout de même un peu anxieuse.
Après avoir abordé des sujets plus sérieux, je repars avec un immense sourire aux lèvres et un second rendez-vous.

Au risque de vous décevoir, rien de tout cela n’est romantique, c’est encore mieux, c’est un pass pour ma nouvelle vie. C’était mon premier rendez-vous avec mon chirurgien bariatrique en vu d’une sleeve. Et oui, après de nombreux mois de réflexion, de recherches, de mise en relation avec des personnes ayant subit cette opération, je me suis lancée.

A vrai dire c’est une idée qui me trotte dans la tête depuis quelques années : ma vie a toujours été rythmée par les régimes (et ce depuis l’enfance), j’ai grandit en développant de nombreux troubles alimentaires. J’ai réussi à les combattre après de longues années de batailles mais j’ai toujours ce mauvais rapport à la nourriture, cette frustration, cette culpabilité. J’avais beau faire des "workout session" hard, chaque jour de la semaine et me nourrir le plus sainement possible en quantité limité, le poids perdu n’était jamais miraculeux, et après de nombreux mois à SUBIR ce quotidien pour n’avoir que très peu de résultats, je finissais par abandonner. Et ce n’est pas comme si j’étais seule, j’ai toujours été suivi par des nutritionnistes.
La chirurgie me faisait donc de l’oeil, mais là encore j’ai accordé beaucoup trop d’importance aux regards des autres : "Pfff, maigrir en ayant recours à la chirurgie ? vraiment aucun mérite, je ne m’en vanterai pas à sa place ! C’est vraiment la solution facile !"

Ça n’a rien de facile, et cette perte de poids ne devrait pas être moins légitime qu’une autre. Rien que dans la démarche, le fait de prendre ce rendez-vous, c’est très difficile mentalement. Mais je sais que ça sera ma deuxième chance à la vie dont je rêve depuis toujours maintenant.

Le chirurgien est génial, a vraiment écouté tout mon parcours alimentaire, d’où mes troubles alimentaires sont venus et ça m’a vraiment fait du bien. J’avais déjà essayé d’en parler une fois avec ma mère, me disant que si j’avais développé cette frustration a la nourriture c’était parce que j’ai été mise à suivre un régime stricte dés mon enfance : à 6 ans je pesais tous mes aliments, je n’avais jamais eu un gâteau/biscuit, jamais un bonbon, d’ailleurs à la maison, il n’y avait rien du tout de ce type. Et à l’école j’étais entourée de mes camarades qui au goûter avec des petits Lu, des gâteaux comme tout enfants mangent, et j’avais un bout de baguette. Je n’avais jamais eu le droit à une pizza ou un McDo ou goûter des frites et hamburgers avant un long moment. J’ai grandit avec cette idée de "la nourriture tabou, la nourriture c’est mauvais" et psychologiquement mon désir pour ces aliments n’était que plus forts tout comme la frustration de ne pas y avoir accès. J’ai donc développé cette culpabilité que l’on ressent lorsque l’on mange quelque chose de "pas sain", et c’est toujours d’actualités.

On a beaucoup parlé de la société néfaste avec mon chirurgien, et surtout envers les femmes. Il m’a expliqué qu’il n’y avait pas de "bons" ou "mauvais" aliments. Il y a des aliments sains qui font du bien au corps et dont on a tous besoin, et les aliments moins sains qui par contre font du bien au moral lorsque l’on en a envie et qui nous permettent de ne pas sombrer dans les troubles du comportement alimentaire si on ne les interdits pas.

Avant de me faire opérer, il m’envoie donc suivre plusieurs séances chez une psychologue et chez une nutritionniste. Comme il m’a expliqué, celles-ci ne vont pas m’imposer un menu, une façon de me nourrir mais plutôt m’apprendre à manger. J’apprendrai ce qui est bon pour moi, et quelles adaptations je devrais faire après l’opération puisque je devrais ré-apprendre à manger, mais elles me diront également que si l’on me propose un bout de gâteau et que j’en ai envie, c’est okay d’accepter et d’en prendre un, par contre, un suffit, c’était bon et j’ai eu mon plaisir, il n’y a pas d’intérêt à en prendre d’autres. Il faut en fait que j’arrive de voir la nourriture comme étant quelque chose "d’interdit" et donc d’exagérer dans mes consommations comme si c’était la dernière fois que je peux en manger avant qu’on ne me l’interdise à tout jamais.

À cause de la situation covid, la clinique regroupant ces psychologues et nutritionnistes est fermée jusque fin mai et ils m’ont demandés de rappeler à ce moment. J’attends donc ce moment avec impatience. J’ai 6 ou 7 séances à suivre, à l’issue desquelles je passerais 3 jours dans la clinique afin de faire un bilan complet de mon état de santé. Une fois ce bilan fait, je pourrais reprendre rendez-vous avec mon chirurgien et programmer l’opération !